Spiritualité et science-fiction : un sujet délicat dans la critique française
Les règles de la laïcité en France sont souvent perçues comme distinctes, ni véritablement assimilables au sécularisme anglo-saxon ni à l’athéisme d’État soviétique, mais plutôt comme une approche originale. Cette spécificité semble influencer les études, notamment à travers une imprécise culture laïque, dont les contours restent flous. Dans sa thèse sur les liens entre spiritualité et science-fiction, Claire Cornillon souligne que « la spiritualité est relativement absente des études sur la science-fiction, au profit d’analyses sur la dimension politique du genre ou sur ses rapports avec la science et la technologie, en particulier en France. »
Cette tendance pourrait indiquer que la culture française privilégie les dimensions politiques et scientifiques au détriment des préoccupations spirituelles. Pourtant, il n’est pas évident que les auteurs de science-fiction soient intrinsèquement plus intéressés par la politique que par la spiritualité. L’histoire humaine montre que la quête spirituelle est tout aussi significative que d’autres préoccupations.
Cornillon note également que l’usage restreint du terme « fantasy » en France ne correspond pas à son utilisation extensive dans le monde anglo-saxon. La fantasy, qui peut englober la science-fiction, est souvent associée à une vision rationaliste. Pourtant, les grands auteurs de fantasy, tels que George MacDonald et J.R.R. Tolkien, ont constamment intégré des préoccupations spirituelles dans leurs œuvres.
Cette préférence pour les thèmes scientifiques et politiques dans la critique française pourrait également refléter une volonté de hiérarchiser les expressions littéraires. Alors que le succès de Tolkien et de ses héritiers (J.K. Rowling, George R. Martin) semble dominer le marché, la science-fiction, souvent perçue comme plus scientifique, pourrait être confrontée à des défis pour attirer un public plus spirituel.
Démontrer que la science-fiction aborde aussi des préoccupations spirituelles est essentiel. En effet, la science-fiction repose sur le mythe de la machine autonome, une idée qui interroge notre rapport à la réalité et à la vérité. La confiance placée dans les outils d’observation technologique peut créer une illusion de vérité supérieure, mais cela soulève des questions sur la nature même de cette vérité.
En somme, même si une machine autonome était possible, elle continuerait son chemin indépendamment de l’humanité, soulevant des interrogations profondes sur notre existence et notre place dans l’univers.
Source : Claire Cornillon, « Par-delà l’Infini. La Spiritualité dans la Science-Fiction française, anglaise et américaine », Université de la Sorbonne nouvelle – Paris III, 2012.

